Que se passe-t-il lorsque des entreprises privées disposent d’armes informatiques aussi puissantes que celles des États?
Le premier SMS arriva sur le portable d’Ahmed Mansoor à 9h38, par un étouffant matin d’août 2016. «Nouvelles preuves de tortures d’Émiriens dans les prisons d’État», annonçait le message laconique, rédigé en arabe. Un lien hypertexte suivait la phrase. Le numéro et le message parurent louches à Ahmed Mansoor. Activiste des droits humains bien connu aux Émirats arabes unis, il avait déjà reçu un SMS similaire la veille. Il résista à la tentation de cliquer sur les liens.
Par prudence, Ahmed Mansoor envoya les messages au Citizen Lab, un institut de recherches spécialisé dans les droits humains et la cybersécurité, basé à l’Université de Toronto, au Canada. En remontant les informations, deux chercheurs de Citizen Lab découvrirent que les liens hypertextes faisaient partie d’un spyware (logiciel espion) sophistiqué, conçu spécifiquement à l’encontre de Mansoor.